mardi 27 juin 2017

Etre soie




«  Soyez vous-même, les autres sont déjà pris...» 
Oscar Wilde








 



J'aime beaucoup cette citation d'Oscar. Il savait de quoi il parlait,  le dandy flamboyant au sombre génie,  conspué, emprisonné à cause de son homosexualité...
Etre soi, il le fut à en mourir...

Etre soi...encore faut-il savoir qui l'on est pour pouvoir tendre à l'être. 
Longue et lente quête de sa propre liberté, de penser, de vivre, d'être.
Je suis passionnée par cette recherche, pas vous ? La mienne comme la vôtre, d'ailleurs.
L'être humain me passionne, mais je ne vous apprend rien.
Dompter ses démons, combler ses failles, ses parts d'ombre, comprendre ses faiblesses, se pardonner ses erreurs, avaler ses déceptions, suivre ses rêves, exprimer ses désirs, accepter ses craintes.

Et tout cela, dans le but d'adoucir ses relations avec autrui, pour ne pas en arriver finalement à concevoir pour l'humanité,  tel un Alceste recroquevillé sur ses fractures égotistes, une « effroyable haine »...

Je me réjouissais simplement de la pluie, tout à l'heure, le visage tourné vers les nuages, buvant l'eau ruisselant sur mes lèvres comme on reçoit un baiser, en souriant. 
Soulagée de ce cadeau de la terre. Sous l'oeil torve de mon voisin qui râle à longueur d'année contre le temps. Qui râle contre tout, d'ailleurs. Je lui ai dit gentiment qu'il ne comprenait rien à la vie.

 Ma fibre naturelle est douce, diaphane, légère, tendue parfois à la limite de la déchirure, et pourtant à la fois d'une solidité extrême. Indéchirable. 
Mes griffes sont rétractiles, je m'en sers peu, mais je sais désormais me défendre. Je me sens moins démunie. Forte de ce formidable et consolant secret.
J'ai passé tant de murs, tant de ponts et de barrières, de bâtons dans les roues, sauté tant de rivières. La vie est un concours d'obstacles.
Je me suis dit que j'avais appris à être soie, et que j'en étais heureuse.
Je vous souhaite de tout coeur de découvrir de quelle étoffe vous êtes fait(e).

¸¸.•*¨*•


Musique : Born free, John Barry, Out of Africa

vendredi 23 juin 2017

Descendons ensemble au jardin







« Le jardinier Moustache était un vieil homme solitaire, peu bavard et pas toujours aimable. Une extraordinaire forêt, couleur de neige, lui poussait sous les narines...
 Tistou découvrit ce jour-là pourquoi le vieux jardinier parlait si peu aux gens ; c’est qu’il parlait aux fleurs...»

Maurice Druon
(Tistou les Pouces verts, 1957)















































La lecture de Tistou, ce livre merveilleux dont je ne me lasse pas,  confirma mon amour des jardins, et des jardiniers. N'ai-je pas choisi un métier de jardinière, en m'occupant de semer tant de graines dans les têtes de mes élèves ?
Le jardinier Moustache est un vrai jardinier, comme on en fait toujours, heureusement. Tant qu'il y aura des jardins, le monde ne sera pas complètement fichu. Des oasis, des vallées qui verdoient, des fleurs fragiles qui repoussent après les bombes, sur les charniers et les ruines.
Un vrai jardinier, quand on a la chance d'en rencontrer un, sème dans nos yeux des graines de passion. Il connaît des mots extraordinaires, des noms de plantes inouïes qui sonnent en moi comme des grelots. Ancolie, bégonia, capucine...ton alphabet est en couleurs, en parfums et en merveilles, ça coule et ça déroule comme un ruisseau.
  Le goût sensuel et profond de la terre. Le goût de l'eau. De l'air et du soleil. Quel plus beau métier ? Ecole de patience, écouter pousser les fleurs et les légumes, école de sérénité, caresser le temps des saisons dans leur ronde paisible, trouver du bonheur même dans l'hiver qui met en couveuse les promesses du printemps.
Les mains calleuses, le dos en compote, tu t'en moques. Tu es droit dans tes sabots. Tu aimes la vie. Tu la cultives, en pots, en terrasses, en espalier. Partout tu promènes tes pouces verts.

Jardinier, mon frère, j'aime les soleils verts, les dentelles et les théières de ton jardin d'hiver. Je déplore avec toi qu'il perde un jardin par semaine, ce p'tit coin là bas, près de la Seine qui fleure bon le métropolitain. Messieurs les promoteurs de la Chaussée d'Antin, de grâce, donnez-nous des jardins pour y faire des bêtises, d'où l'on revient des p'tites fleurs à la main, quand on a déchiré sa chemise...
Des jardins extraordinaires pleins de canards qui parlent anglais et de hérissons tristes.
Des jardins du ciel à Babylone, aux jardins de curé, jardins d'Eden, jardins secrets...

C'est dans la cabane, tout au fond,  que va se cacher le gredin qui t'a volé ton nain d'jardin. Pour le faire voyager. Tout autour de ce jardin qu'on appelle la Terre, et qui brille au soleil comme un fruit défendu. Tu verras, de tes yeux de rosée, les croisées d'hortensias, les palmiers plein les cieux ...On cultivera les fleurs du bien, tu verras.


Allez, viens, je t'emmène au vent, viens effeuiller la marguerite de l'été de la saint Martin...
Petit, n'écoute pas les grands pleurer, va-t'en courir dans le jardin, il y fait meilleur ce matin. 

¸¸.•*¨*• ☆





Musique: Vivaldi, Il gardellino, adagio.
Un certain nombre de chansons que vous aurez reconnues... non ?
Je dédie ma funambulle à Pastelle, qui rêvait de voir des fleurs sur ma bannière.
Et pour ceux qui veulent (re)découvrir Tistou, c'est ici.




mardi 20 juin 2017

Nuit gourmande



Cadeau.












On ira marcher les pieds nus dans la luzerne, au frôlement velouteux des lapins qui, comme au vieux moulin de Daudet, s’enfuiront à notre approche dans la nuit tremblante de clarté. Mais l’un d’eux, peut-être, restera là, son regard étonné en bandoulière. La lune décidera qu’il fasse un peu jour au-dessus de la prairie. Juste un peu. Pour rire. A la barrière de bois peint flotteront des cheveux d’anges,  en oriflammes au-dessus de nos têtes. Tu souriras quand je murmurerai dans ton cou des mots doux, des mots fous, des mots bijoux. Tes dents adamantines seront dans ton visage comme de petits cristaux de lumière furtifs. Chut ! Ecoute ! Il y aura les parfums de la nuit, en avalanche, le foin, le jasmin... et l’achillée qui nous chatouillera les narines comme un poivre. Les sons des oiseaux et le murmure des herbes. Je serai poupée de porcelaine et de satin, tu seras magicien aux ailes douces. Je serai cerise de mes lèvres, pommes et framboises de mes seins, tu seras pain chaud et doré de ton buste, de tes bras. Tu auras un goût de brioche. Nos fruits gorgés et pressés s’emmêleront, en salade, en marmelade, en macédoine de caresses, en salmigondis de baisers. Mon corps de lait nuage. Ton corps de café brûlant. Et tout en haut, au zénith, Vega Deneb et Altaïr piqueront de leur grâce scintillante le plafond céleste de la plus belle des chambres d’amour.
Ce sera un festin.




Pour les Impromptus Littéraires
Musique: Un air de liberté (version guitare) Mouzanar