vendredi 24 février 2017

Vedi Napoli e poi muori...

 Sous-titre: incontournable.







Emmène-moi dans un endroit spécial, un endroit beau, subtil,  bleu et vert et doux et multicolore que tu auras choisi pour moi. Un endroit que tu aimes et que tu voudrais me faire connaître.
Peu importe le lieu pourvu que l'on y trouve des gens qui sourient, des délices à déguster. Des odeurs entêtantes. Une vue imprenable. Des sons agréables.
Un peu de pluie mais pas forcément.  Un grand soleil mais aussi quelques beaux nuages. 
Quelque site splendide devant lequel je me pâmerais comme Stendhal.
Un endroit où l'on puisse flâner, danser, rêver.
Et laisser l'empreinte de nos pas pour toujours dans l'air du soir.
Je suis prête. 
On va où ?



Musique: Pink Martini

mardi 21 février 2017

La cabane du poète









Loisobleu est un enchanteur.
De Merlin, il a la barbe blanche et le petit éclair joyeux au fond de l’œil. Intact comme une poussière d’étoile égarée dans son regard depuis l’enfance. Il repeint le monde en bleu à la plume et au pinceau, avec des mots forts et caressants, pleins de fièvre de corps serrés, de cheveux fous de mer, de vent, de mouettes. Des mots luxuriants comme une femme, profonds comme ses tableaux. Et tout plein d’amour, oui. De l'amour dans tout, du grain de sable aux pointes d'essaims, en passant par les roues des charrettes sur les pierres herbues des chemins. 
Il aime se réfugier dans sa cabane de pêcheur, à l’estran, pour respirer l’air de la mer et mieux emplir son âme et la nôtre de ses mélanges de couleurs. Pour peindre le parfum des choses. Et tricoter les mots entre eux pour de fabuleux et foisonnants songes éveillés. 

Et puis hier matin au goût de cendre, les gendarmes sont venus lui dire que des butors, des pignoufs, des malappris,  des gougnafiers de la pire espèce de paltoquets, avaient violé sa cabane et saccagé les rêves qu’elle porte. 
Mais enfin,  bande de cercopithèques à poil dur, et vous, tous les autres, les destructeurs fanatiques et barjots de la planète, les dégommeurs de vestiges antiques, les autodafeurs de bibliothèques, les profanateurs de temples et de tombeaux, dites-moi, au bout du fond de l'espèce de morceau de haricot sec qui vous sert de cerveau, vous ne voyez pas que c’est vous-mêmes que vous détruisez en vous en prenant à l'art ou aux poètes ? Non, bien sûr, vous ne voyez pas...votre encéphalogramme de bas-du-front est plat comme une limande...
J’ai mal pour toi, loisobleu. J’ai mal à Neruda, à Cézanne, à Rodin. J’ai mal à la terre qu'on déchire et au ciel qu'on obscurcit. Et à Mozart qu'on assassine en corps et à cris.



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Musique Almost Blue, Chet baker

dimanche 19 février 2017

Tako-tsubo









Au fond du jardin, sous les micocouliers, avec Eva, nous avons parlé de nos vies. On se ressemble Eva et moi. Nos vies sont en miroir. Nos coeurs sont à l'unisson. Au soleil couchant la fontaine était toute enluminée de songes. C'était beau comme un livre d'images de collection. 
On s'est assises sur la margelle, on a fait le point, tiré des plans sur l'angle de la comète, avec nos sextants de marins d'eau douce.
Eva me tend les bras sans hésiter quand je chavire. Elle me cajole, elle me fait rire.
Elle est chouette, une vraie amie comme on en a deux ou trois pas plus...
Aujourd'hui je n'en menais pas large. Je chialais mes peines en clapotant de l'eau de mes yeux en choeur avec la fontaine. Pourtant ça y allait dru dans les bosquets, les sifflotements, les pépiements des zozios... Et le soleil avait fourbi ses petits rayons d'essai d'avant-printemps, ceux qui font éclater en petites taches pourpres les violettes dans l'herbe encore jaunie de l'hiver.
Mais j'étais en pleine crise d'angoisse. Je ne sais pas vous, mais moi, ça m'arrive de temps en temps. Quand ça me prend, ça me serre, ça m'oppresse, ça m'écrase, ça m'escagasse. 
J'ai fini par avouer à Eva que les événements des derniers mois m'avaient secoué la pimprenelle bien plus que je ne le pensais. Mon homme aux mains d'or adoré avait pourtant fait des miracles pour me remettre le dos d'aplomb. Mais le stress a bouleversé mes constantes métaboliques, trop de ceci, pas assez de cela... Alors le moindre souci, la plus petite contrariété ordinaire, deviennent soudain de gros chagrins fourchus et disproportionnés. 
Depuis hier, moi qui suis notoirement iatrophobe, et pour couronner le tout, voilà que ma mère est à l'hôpital ; elle aurait peut-être fait, d'après un de ses médecins,  un syndrome de Tako-Tsubo. Vous connaissiez, vous, ce truc japonais ? Le nom français est « maladie du coeur brisé »  occasionnée par un choc émotionnel ou un chagrin immense. Sans blague !  Ma pauvre maman...Bref, on a eu peur, mais elle va mieux, ils lui ont mis une pile. Comme à un vulgaire lapin en peluche. 
A cette idée, nous avons ri comme deux gamines, avec Eva. Mais ce n'était pas méchant, hein... Juste les nerfs qui lâchent un peu.




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Musique : Etude de Sor n° 5 (ma préférée)