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Sous-titre : comme un avion sans L…













Cher Vous,




Eh non ! Vous ne verrez donc pas votre dernier sapin couronné d’astres et embrasé de teintes vives qui apporte, à grands et petits,  joie et ravissement. Vous n’ouvrirez pas vos derniers cadeaux, couvé du regard attendri de votre tribu, femme, fistons, tantes, cousins, issus de germains. Vous ne chanterez pas de beaux cantiques anciens en mangeant du foie gras et des pigeons farcis. En ce moment-même, vous devez être en train de nous regarder nous épandre en gémissements, en riant de votre petit air goguenard, fauché par une camarde qui n'a pas souhaité attendre jusqu'au 25…

Evidemment qu’on vous connaissait. Qu’on vous adorait. Ou qu'on vous détestait. Et certainement que ça va faire un vide énorme sur votre siège d’académicien fantastique. Un vide froid, qui sourd déjà dans nos cœurs en apprenant votre décès.
Même certains de ceux qui vous ont conspué à une époque, qui vous ont traîné dans une boue fétide, faite d’arguments méprisants et un rien sophistes, qui vous ont traité de facho ou de ringard, vont commencer à changer d’opinion, vous verrez, et vont vous reconnaître hypocritement des vertus, maintenant que vous vous êtes sauvé en catimini de ce monde. C’est toujours comme ça, quand une personne s’en va, on pare sa mémoire de roses et d’honneurs, on pose sur sa tombe un manteau funèbre cousu à grands coups d’encensoir. Brassens disait à peu près ceci dans une de ses chansons : « On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés, un mort est toujours un brave type. »
Qui sait ? On a dit que vous étiez une ordure, un prétentieux arrogant, un aristo condescendant, un opportuniste imbu de sa personne. Peut-être. Mais en avançant en âge, c’est devenu moins évident, vous vous êtes bonifié, comme un grand vin. Vous vous êtes remis en question, vous avez combattu vos fantômes du passé, comme tout citoyen épris d’humanisme digne de ce nom.

Je me suis toujours dit qu’un homme qui écrit « Au Bonheur des Dames », « Saveur du Temps » ou « Guide des Egarés » ne peut être tout à fait mauvais. Bonheur des dames, notamment, qui était un peu votre priorité…Vous disiez : « Je passe mon temps à aimer des femmes, sans attendre forcément d’être aimé en retour, et j’y trouve un bonheur fou »
C’est une chose étrange en définitive, que ce monde que vous n’avez eu de cesse d’essayer de comprendre, de décrire patiemment, d’aimer passionnément et d’interroger, d’observer avec vos séduisants yeux d’azur sans défaut, vos yeux d’ancien enfant mutin et facétieux. Ah …et votre sourire, affamé de vie et de tous ses petits et grands bonheurs…
Empruntant des vers à de fameux poètes, comme Aragon que vous admiriez tant, vous êtes parti, comme prévu, sans en avoir tout dit. Sans même savoir si Dieu existe. Maintenant, vous savez.

Vous écriviez pourtant sur toutes choses des pensées d’une grande profondeur, prenant appui  sur vos expériences en même temps sensitives et intérieures, des vérités qui devenaient comme des évidences, pourtant vous preniez bien garde de ne jamais paraître pontifiant, ni de vous croire supérieur à vos contradicteurs. Ceux-ci vous critiquant parfois, en n’ayant pas ouvert une moindre page de vos écrits…
Votre sens des échanges courtois fondés sur un étayage profond des pensées, n’avait rien de mondain, ou de vaniteux, même si d’aucun dénonçaient chez vous une certaine emphase, du cabotinage ou un ego surdimensionné. Je me souviens d’un débat avec Hubert Reeves. J’étais restée suspendue à mon écran comme un mérou dans un aquarium. Bouche bée devant vos mots d’esprit exquis, vos conceptions et vos joutes foudroyantes de perspicacité cosmique.  
Vous représentiez, en somme, tout ce que nous pouvons encore désigner par ces mots : « Bon goût, chic, grâce, raffinement, aisance, charme », mais aussi « esprit vif, discernement, virtuosité d’écriture », bref, une énumération qui pourrait se résumer en un mot, fâcheusement interdit ici par cette sauvage consigne d’écriture, mais que chacun a deviné.
Ainsi, si vous voyez Jean Ferrat, je suis sûre que vous tomberez d’accord pour taper une discute autour d’un verre, et vous dire que ce n’était pas si grave, n’est-ce pas, au fond ?

On vous surnomme, écrivains académiciens, « ceux qui ne meurent pas » Aucun doute que vous resterez vivant pour toujours dans nos mémoires, monsieur d’O.
Et toi, mon cœur, pourquoi bats-tu ? C’est aussi une question que je me pose chaque matin, peut-être un peu grâce à vous…

20 commentaires:

  1. Magnifique. Je n'ai pas de mots.
    Je l'ai connu sur ses dernières années... Et pourtant... Il m'a fait vibrer.

    Merci Célestine pour ce très bel hommage.

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    1. Merci (bis) !
      C'était d'autant plus difficile que le texte ne comporte aucune lettre « L » (comme l'évoque le sous-titre) ...
      Bises de la nuit

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  2. Monsieur d'O est devenu plus fréquentable lorsqu'il a cessé d'être le porte-voix d'une certaine droite. En s'intéressant plus à l'humain, il est aussi devenu plus intéressant. J'aimais l'entendre parler avec toujours une pointe d'humour et un charme très "Vieille France"...
    Si Monsieur d'O fait du charme à la Camarde comme à toutes les femmes qu'il croisait, je comprend qu'elle ait eu envie d'approfondir le dialogue...
    Ti bacio Cara

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    1. Tu as entendu JLM parler de lui ?
      C'est fabuleux !
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  3. Je l'adorais Jean D'o dans sa manière d'être,... comment pouvait-on ne pas l'aimer... j'aimais ses mots, son humour, sa jeunesse.. tant d'élégance, de finesse !
    on ne vous oubliera pas Monsieur d'Ormesson... je continuerai à vous lire et vous découvrir!
    Merci pour la belle personne que j'ai apprécié en vous !
    Vous qui vous êtes éclipsé comme Johnny, si populaires, parce que vous parliez vrai, vous ETIEZ, et DEMEUREREZ tous deux dans notre coeur.
    Den

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  4. sans L bravo, mais pas sans aile. ces vedettes, que ne feraient ils pas pour se faire remarquer ! Piaf est morte le même jour que Cocteau.. peut être que ma petite contribution sur eperluette t'intéresserait ?

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    1. Ta contribution m'a ébouriffée !
      Merci Emma
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  5. Bravo pour l'exercice, pratiqué en virtuose!
    Je n'ai pas lu les premiers romans... Mais "Dieu, sa vie, son œuvre" "Le Juif errant" "La Douane de mer" et tous ceux qui ont suivi. Avec délice. Avec le sentiment ravigotant de gagner en culture sans que ce soit difficile ou plombant.
    Alors sans doute, oui, humble et vaniteux à la fois, mais avec l'intelligence tranchante de l'humour, et avant tout l'humour sur lui-même.
    Avec lui, on pouvait croire que le temps n'existait plus. Et, finalement, ça reste vrai. Les livres sont là.

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    1. En quelque sorte, c'est cela, être immortel.
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  6. Tu as donc réussi le grand écart parfait : deux hommages à deux hommes si différents mais très aimés pour leurs qualités et leurs défauts. Je l'idéalisais certainement, j'ai l'admiration un peu aveugle mais enfin.....

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    1. J'ai toujours eu une grande émotion à le lire, et à l'écouter.
      Comme une source de joie.
      Pour Johnny, c'est pareil. De l'émotion.
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  7. Alors là chapeau bas Madame...
    Quel bel hommage rendu à cet homme à l'élégance rare, à l'intelligence fine, et la culture immense.
    J'appréciais ses joutes oratoires à la TV et ne l'ai lu que tardivement après qu'il eut bonifié.
    Il avait l'humilité précieuse, et la vanité désinvolte, mais un amoureux d'Aragon ne peut pas être une mauvaise personne !

    J'ajouterai volontiers à l'hommage rendu, son action insistante pour faire admettre aux académiciens d'accueillir parmi eux enfin une femme, Madame Yourcenar. La féministe que tu es n'a pu qu'apprécier...


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    1. Il y a tant de choses qui me plaisaient en lui...
      Je te remercie d'avoir apprécié mon petit texte en forme de lipogramme.
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  8. Je n'ai rien lu de lui,c'est comme ça!Je le connaissais comme tout le monde le connaissait,par des interviews,des interventions dans des émissions de radio.Une élégance,une culture,un simplicité et plein d'autres qualités qui ne me laissaient pas insensible.
    Sa disparition m'a ému autant que celle de "l'idole des jeunes"
    Quand à un texte sans Z ,heu...sans aide,heu... sans L ,alors là,je suis admiratif!
    Chapeau.

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    1. Ce n'est pas trop tard pour commencer, cher Didier.
      J'adore sa façon d'écrire, et son étonnement perpétuel sur la vie et les choses.
      Cela ne t'étonne qu'à moitié, sans doute...
      ¸¸.•*¨*• ☆.

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    2. A moitié,Tu veux rire!Cela ne m'étonne pas du tout.J'ai lu ta très belle lettre/ hommage.Une personne qui parle de lui comme cela ne peut pas être...heu,une personne qui parle de lui comme tu viens de le faire est forcément quelqu'un de bien;).

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  9. Ce n'est pas grave que d'Ormesson soit mort si Perec est revenu habiter chez toi : c'est un partout !

    Vache de lipogramme ! Chapeau !

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    1. Toi qui me dis ça ?
      Toi le roi des défis d'écriture ?
      Mais c'est le Nirvana !
      ¸¸.•*¨*• ☆

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Je lis tous vos petits grains de sel. Je n'ai pas toujours le temps de répondre tout de suite. Mais je finis toujours par le faire. Vous êtes mon eau vive, mon rayon de soleil, ma force tranquille.
Merci par avance pour tout ce que vous écrirez.
Merci de faire vivre mes mots par votre écoute.